Ma pratique artistique se déploie à travers la peinture, la sculpture, l'installation, les dispositifs performatifs et l'écriture. J'envisage ces médiums comme des espaces de passage entre matérialité et invisible, activant les mémoires portées par les objets, les matières et les gestes.

Héritière de troisième génération d’origines amazighes (Kabylie, Tunisie) et françaises, je n’ai pas grandi avec la culture berbère. Mon travail naît de cette absence et des transmissions interrompues. À partir de ces manques, je crée des contre-archives sensibles et des territoires imaginaires où mythologies, savoirs ancestraux et cultures populaires deviennent vecteur·ices de mémoire et de soin.

Mon processus repose sur l’accumulation, le glanage et l’archivage de matériaux symboliques — eau, plomb, sel, pierres, sucre, textiles, photographies, matières organiques — et de pratiques féminines transmises (poésie orale, poterie, tissage, tatouage). Ces éléments se transforment en archives vivantes, reliant humainxs et non-humainxs à travers des temporalités et espaces multiples.

En croisant mythologies, récits personnels et généalogies matérielles, je fabrique des néo-rituels : des formes contemporaines de transmission, de réparation et de réactivation symbolique. La magie devient une technologie concrète de transformation, ancrée dans le geste et la matière. L’abstraction me permet de faire circuler ces récits minoritaires sans les figer, ouvrant des espaces où le public peut activer ses propres associations et participer à l'élaboration de nouvelles mythologies partagées.

Mes recherches actuelles explorent les cosmologies amazighes à travers les figures mythologiques d'Anzar et de Teryel, envisagées comme systèmes de pensée vivants. Leur relecture interroge les relations entre humainxs, territoires et forces du vivant, ouvrant des perspectives liées à l'écologie politique et à la transmission des savoirs féminins et populaires.

Ce travail se situe à l’intersection de l’expérience intime et de la réflexion critique : il interroge ce que j’appelle les mémoires de l’invisible — celles qui habitent les objets, les gestes et les traces oublié·es — et cherche à les recomposer en récits, territoires et rituels capables de relier passé, présent et futurs possibles.

Anysia Nefissi, février 2026